Au Gabon, le renseignement satellitaire permet l’interception de chalutiers illégaux

En collaboration avec les autorités gabonaises, Global Fishing Watch contribue à transformer les données de suivi des navires en opérations coordonnées de contrôle et de lutte contre les infractions.

ⓒ Ben Dilley

Le problème

L’efficacité des aires marines protégées (AMP) dépend de la capacité des autorités à y faire respecter la réglementation. En Afrique, où la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) représenterait environ 40 % des captures totales, la lutte contre les activités de pêche INN menées par les flottes industrielles demeure un défi majeur. Sans dispositifs efficaces de surveillance des navires et de contrôle, même les AMP les mieux conçues restent vulnérables aux activités illégales.

La réserve du Grand Sud du Gabon, l’une des plus grandes AMP d’Afrique de l’Ouest et centrale, préserve des écosystèmes essentiels du plateau continental et abrite l’une des plus importantes plages de ponte au monde pour les tortues luth. Avec plus de 26 % de ses eaux placées sous protection, le Gabon a fait de la conservation de l’océan une priorité nationale. Cependant, la surveillance d’un espace maritime aussi vaste met à rude épreuve les moyens de contrôle et expose la zone aux chalutiers de fond industriels, dont l’activité est par ailleurs interdite dans la réserve.

Notre action

Depuis 2016, l’Opération Albacore — un partenariat entre le gouvernement gabonais et Sea Shepherd — contribue aux efforts de lutte contre la pêche illégale dans les eaux gabonaises. Pour soutenir cette initiative engagée depuis près d’une décennie, Global Fishing Watch s’est associé à l’opération en mettant à disposition des renseignements sur les navires issus de données satellitaires, des technologies ainsi que des formations destinées à aider les autorités à planifier et à mener des patrouilles ciblées.

En préparation d’une patrouille menée en juillet 2026, Global Fishing Watch a organisé à Libreville, la capitale gabonaise, un atelier consacré à la planification des patrouilles. Celui-ci a réuni 25 agents de la Direction générale des pêches et de l’aquaculture, de l’Agence nationale des parcs nationaux et de la Marine nationale gabonaise. La formation associait analyse du renseignement et planification opérationnelle afin d’aider les équipes chargées du contrôle à exploiter les données de suivi des navires pendant les patrouilles.

Dans le cadre de cette collaboration, Global Fishing Watch a également élaboré un rapport de renseignements sur mesure identifiant les zones à haut risque et les navires à surveiller. Plutôt que de mener de vastes patrouilles dans l’immense domaine maritime gabonais, les autorités et Sea Shepherd se sont appuyées sur l’analyse de Global Fishing Watch pour concentrer leurs efforts sur une flotte de cinq chalutiers industriels opérant à environ 10 kilomètres à l’intérieur des eaux gabonaises. Sachant précisément où chercher, le navire de patrouille de Sea Shepherd, l’Age of Union, et les forces de l’ordre gabonaises se sont rapidement mobilisés.

Le 18 juillet 2026, la patrouille a intercepté trois chalutiers, identifiés par les autorités comme étant le Rong Chang 19, le Rong Chang 26 et le Chang Hiu 01. Les navires ont été arraisonnés et il a été constaté qu’ils opéraient sans licence de pêche ni documents valides. L’un d’eux a été intercepté alors qu’il tentait de se débarrasser de son chalut, apparemment dans le but de détruire des preuves. Les trois navires ont été escortés sur 200 kilomètres vers le nord jusqu’à Libreville pour y être immobilisés, tandis que les autorités ont sauvé les prises accessoires — notamment des poulpes, des roussettes et des anges de mer — qui se trouvaient dans les filets.

La saisie du Rong Chang 19, du Rong Chang 26 et du Chang Hiu 01 constitue le succès le plus récent des autorités gabonaises opérant sous l’égide de l’Opération Albacore. Au cours de la dernière décennie, l’Opération Albacore a en effet conduit à la saisie de 16 navires pour pêche illégale dans les eaux gabonaises. La dernière patrouille confirme toutefois la valeur opérationnelle de l’intégration des outils de Global Fishing Watch aux dispositifs de contrôle : les renseignements satellitaires, la planification ciblée des patrouilles et la coordination des interventions peuvent aider les gouvernements à renforcer le respect de la réglementation dans leurs eaux et à améliorer la protection des écosystèmes marins.

L’armateur des trois chalutiers immobilisés a depuis conclu un accord à l’amiable avec les autorités gabonaises.

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